Le rosé souffre d’une réputation flatteuse mais réductrice : celle du vin d’été que l’on boit sans y penser, entre deux olives. C’est passer à côté de ce qui en fait, en Provence, un vin de table à part entière. Sur une entrée méditerranéenne — crudités, légumes marinés, poissons crus, salades aux herbes — il apporte exactement ce que le plat demande : de la fraîcheur, un fruit discret et une trame aromatique qui prolonge celle de l’assiette au lieu de la couvrir.
L’erreur la plus fréquente consiste à traiter « le rosé » comme une catégorie unique. Entre une cuvée pâle, saline, presque tranchante, et un rosé plus vineux, vinifié avec un passage sur peaux plus long, l’écart de puissance est considérable. Les premiers subliment une entrée marine, un tartare de poisson ou une assiette de crudités relevées au citron. Les seconds, plus charnus, ne se laissent pas dominer par des préparations confites, des épices douces, une tapenade ou une pizza sortie du four à bois.
En pratique, la règle que nous donnons en salle tient en une phrase : plus l’entrée est riche, plus le rosé doit avoir de matière. Elle vaut aussi pour la suite du repas, car un rosé structuré peut très bien accompagner un plat principal — des légumes grillés, une volaille, un poisson entier passé à la flamme — là où on aurait par réflexe ouvert un rouge. Notre sélection de vins de Provence donne un bon aperçu de cette palette.