On ne comprend jamais mieux la cuisine provençale qu’en flânant sur un marché. À Aix-en-Provence, les étals de produits frais se tiennent chaque matin, et les villages qui ceinturent la Sainte-Victoire — Trets, Peynier, Fuveau, Rousset, Puyloubier — ont chacun leur jour. C’est là que se décide un menu provençal : non pas à partir d’une recette, mais de ce qui est beau ce matin-là, une caisse de tomates de plein champ, les premiers artichauts violets ou un panier de figues de fin d’été.
Le bon réflexe est le même que celui d’un cuisinier de saison : acheter d’abord, décider ensuite. Repérez les étals qui ne proposent qu’une poignée de produits, avec des calibres irréguliers et des quantités qui s’épuisent — c’est le signe d’une production propre plutôt que d’une revente. Demandez ce qui est bon aujourd’hui, et laissez le marché composer le repas. La tapenade se fera avec les olives du moment, la ratatouille avec les légumes du plein été, la daube quand le froid s’installe.
Deux moments de l’année méritent d’être guettés. La récolte des olives, de fin novembre à janvier, quand les moulins ouvrent leurs portes et que l’on goûte l’huile nouvelle, trouble et poivrée, qui change le goût de toute la cuisine des mois suivants. Et les vendanges de septembre, où les domaines du piémont organisent des visites. Sur la manière dont ce garde-manger irrigue une carte, notre article sur les producteurs locaux du Pays d’Aix entre dans le détail, saison par saison.